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Si le patronat a fait un choix, c’est bel et bien celui du combat. Quelques jours après la conférence sociale organisée par le gouvernement avec les organisations patronales et syndicales et alors que l’Assemblée nationale s’apprêtait à voter le budget rectificatif 2012 rompant avec certaines des mesures emblématiques de la mandature de Nicolas Sarkozy, Laurence Parisot, présidente du Medef, a décliné ses exigences dans un entretien au quotidien Les Échos. « Comment pourrions-nous ouvrir une négociation sur l’emploi en septembre si le document d’orientation que le gouvernement doit transmettre aux partenaires sociaux ne nous convient pas ?

Nous attendons un texte équilibré, qui intègre les enjeux de sécurité du marché du travail, mais aussi ses enjeux de flexibilité. Il ne s’agit pas de bloquer le dialogue social, mais au contraire de lui permettre de démarrer dans le seul axe favorable à la croissance, l’axe de la compétitivité », postule-t-elle. Et de désigner une nouvelle fois les mêmes accusés comme responsables des difficultés supposées des entreprises et des obstacles à leur compétitivité : un droit du travail trop peu élastique, et un « coût du travail » trop élevé.

Patronat de combat

«  Le gouvernement reconnaît le problème du coût du travail en France, mais du bout des lèvres, a minima. Or le cercle vicieux dans lequel l’économie française se voit aujourd’hui enfermée trouve son origine dans ce problème », répète Laurence Parisot. Une obsession. Elle réclame ainsi des « marges » plus élevées pour les entreprises, c’est-à-dire en fait des dividendes accrus pour les actionnaires. Traduction : le patronat revendique une plus grande flexibilité du travail imposée aux salariés ou encore, pour financer la protection sociale, un désengagement de la part des entreprises au profit de l’impôt, direct et indirect. Le Medef propose ainsi « aux Français un nouveau pacte social et fiscal qui, dans le même temps, impose une baisse des cotisations employeurs et salariales, d’une part, et, d’autre part, une hausse de la TVA (hors produits de première nécessité) et de la CSG ».

Le patronat ne lâche donc pas la pression. Pas plus, d’ailleurs, que les défenseurs de ses exigences ultralibérales en Europe, lesquels préconisent la libéralisation du marché du travail et la réduction des dépenses publiques. Comme le soulignent, entre autres, les Économistes atterrés, le pacte annoncé contraint les États à des politiques d’austérité qui n’ont pourtant fait qu’intensifier la crise et ses effets désastreux ; il limite de facto débat et libre choix en matière de politique budgétaire ; et ce, au détriment de toute relance des investissements productifs, de la croissance et de toute transition écologique.

Changer de cap

Une autre voie s’avère donc indispensable tant pour l’efficacité économique que pour la justice sociale. C’est le choix qu’ont fait, en France, les électeurs, renvoyant Nicolas Sarkozy à ses – chères – affaires et portant une nouvelle majorité à l’Élysée comme au Palais-Bourbon. Le nouveau gouvernement saura-t-il aller au bout de ce changement nécessaire qu’a réclamé le monde du travail sans ambiguïté ? « Nous sommes partisans de la responsabilité, cela fait des mois que nous le disons. Tout comme nous affichons notre combat contre la dette publique. Mais l’austérité n’est pas la réponse à la crise européenne, les dimensions de solidarité, d’emploi et de croissance ne pouvaient pas être occultées », affirme Pierre Moscovici, ministre des Finances, dans un entretien au Figaro le 1er juillet. Dans la même optique, le chef de l’État et le gouvernement ont mis en exergue trois axes d’action majeurs pour le pays lors de la conférence sociale qui s’est tenue les 9 et 10 juillet au Palais d’Iéna : le redressement des comptes publics, celui de la compétitivité, et la lutte contre le chômage et la précarité.

Restait à en définir le contenu… Ce qui a amené la CGT à intervenir avec force pour défendre ses propositions et pour qu’elles soient débattues. Comme le souligne Nadine Prigent, secrétaire de la CGT et coordinatrice générale, pour la confédération, à cette conférence sociale, la CGT s’est félicitée que celle-ci ait lieu, un changement notable par rapport aux pratiques du gouvernement précédent, et ce en pleine crise et face à une situation sociale dégradée. Mais que ce soit sur l’emploi ou sur le financement de la protection sociale, des débats contradictoires ont traversé les sept tables rondes (1), dans un contexte de pression du patronat. Celui-ci a en effet mené une offensive sur le fond, relayée par certains experts, voire parfois par certaines organisations syndicales de salariés.

Mais aussi pour éviter que la conférence aboutisse à des décisions. Ce qui a du reste amené la CGT à intervenir auprès du gouvernement pour que des engagements concrets soient pris.

D’autant, devait rappeler peu avant Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, que « c’est bien la dévalorisation du travail qui est à l’origine de la crise du système économique […]. Il n’y aura pas de solution durable en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, de redressement productif ou de financement du système de protection sociale s’il n’y a pas un ensemble de mesures permettant de s’extraire de la recherche de la rentabilité financière de court terme qui domine dans les entreprises. »

Des acquis, et des défis

Première urgence, sans doute, l’emploi… François Hollande en fait lui-même le constat : « Le nombre de demandeurs d’emploi est aujourd’hui le plus élevé depuis douze ans. Le taux de chômage atteint près de 10 % de la population active et progresse de manière continue depuis trente mois. Il touche les jeunes et les travailleurs plus âgés : seuls 45 % des plus de 55 ans ont un emploi et près de 460 000 personnes sont au chômage depuis plus de trois ans, ce qui veut dire une exclusion profonde. Quatre embauches sur cinq aujourd’hui s’effectuent en CDD et pour l’essentiel ce sont les femmes qui sont victimes de la précarité de l’emploi et du temps partiel. » Sur ce terrain, la CGT est parvenue à faire avancer certaines propositions. Ainsi de l’évaluation contradictoire des aides publiques.

« En revanche, souligne la confédération [CGT], la question des moyens d’intervention pour des alternatives aux licenciements reste sans réponse, tout comme l’a été notre proposition de redéfinition du licenciement économique. » Une telle question est pourtant une vraie urgence, face à la succession des fermetures de sites et des suppressions d’emplois par milliers, dans l’automobile, les télécommunications, la sidérurgie, la chimie, la pharmacie…, à la désindustrialisation avancée du pays – et au-delà en Europe – et alors que le patronat menace d’une « multiplication des restructurations du fait de la situation financière des entreprises ».

PSA, Fralib, Doux, Continental-Nutrition, Bouygues Télécom, SFR, Lohr, Sanofi… la liste s’allonge. Pour François Hollande, « le redressement productif n’est pas une stratégie défensive, c’est une volonté d’être dans la mondialisation les meilleurs. »

Les représentants de la CGT à la table ronde sur le redressement productif l’ont souligné :

les causes du « manque de compétitivité des entreprises » sont à chercher dans « la dérive financière, la faiblesse des investissements en recherche et développement, en formation, en emploi, en salaire », dans « la déresponsabilisation des entreprises par des exonérations massives de cotisations sociales, véritables trappes à bas salaires », ou encore « les mesures fiscales dérogatoires applicables aux entreprises, la mise au pas des entreprises sous-traitantes par les donneurs d’ordre, l’absorption des entreprises de taille intermédiaire par les grands groupes, un système bancaire défaillant quant à son rôle de financeur de l’économie et notamment de PMI et PME, l’absence de vision stratégique industrielle de l’État »… Ils ont pointé les règles de concurrence imposées « par une Europe davantage tournée vers la compétition que vers la coopération, les complémentarités et les solidarités entre les territoires et les peuples »…

[Pour la CGT] La conférence sociale doit être suivie d’effets

Dénonçant la financiarisation de l’économie, source de la désindustrialisation, ils ont appelé à porter la part de l’industrie dans la valeur ajoutée globale à 20 % à l’horizon 2017.

Et pour cela, notamment:

  • à donner de nouveaux droits aux salariés dans les entreprises,
  • à accroître l’investissement productif,
  • à créer un pôle financier public,
  • à réformer la fiscalité des entreprises…

Quant aux systèmes de rémunération appelés à être « justes et efficaces », la CGT a d’abord défendu le principe d’une autre répartition des richesses et d’une autre réponse à la crise par l’augmentation des salaires permettant la relance de la consommation, tout en insistant sur les réponses à apporter contre la précarité et pour l’égalité professionnelle.

Le travail de la CGT dans la conférence a donc été utile d’abord pour permettre un calendrier de négociations et de concertations préalables à des engagements qui pourront être législatifs.

Nadine Prigent rappelle notamment l’ouverture de négociations importantes dès septembre.

En jeu, par exemple, la question de la sécurisation de l’emploi et des parcours professionnels. Ensuite, la conférence a abouti à un certain nombre de décisions. Les fonctionnaires en ont été les oubliés, au nom d’un budget dit contraint. Mais le gouvernement a annoncé la fin de la négociation « compétitivité emploi » par laquelle le patronat souhaitait remettre en cause la hiérarchie des normes en supprimant la garantie que constitue pour le salarié son contrat de travail. Il a aussi décidé une évaluation des aides publiques aux entreprises pour juger de leur pertinence, annoncé la réforme de la représentativité patronale et la participation de représentants des salariés dans les comités de rémunération pour les dirigeants…

Le Medef s’est du reste empressé de dénoncer des conclusions « qui ne tiennent pas compte de la réalité dans laquelle sont les entreprises ».

Et a poursuivi sa campagne:

  • => En critiquant la hausse du Smic pourtant très faible.
  • => Ou en appelant à maintenir les exonérations sociales et fiscales sur les heures supplémentaires, dont la suppression « remettrait inévitablement au centre des débats la question de la durée du travail ».

Ce n’est qu’un début…

La conférence n’a pour autant été qu’un commencement, et une part essentielle reste à faire. Beaucoup dépendra du rapport de force. Qu’il s’agisse de l’emploi, des services publics, du partage des richesses, des rémunérations, du grand dossier du financement de la protection sociale, du travail… Mais « d’autres pistes ont été avancées que celles présentées comme inéluctables », commente Nadine Prigent. Les faire avancer supposera que les salariés pèsent sur toutes ces questions à la fois dans le débat national et dans les entreprises. Pour que la « grande conférence sociale », telle que l’a nommée le président de la République, soit réellement suivie d’effets et de changements concrets dans la vie des salariés.

Nx (1) Les tables rondes ont porté sur :

  • - « Développer l’emploi, et en priorité l’emploi des jeunes » (la CGT étant représentée par Agnès Le Bot, Maurad Rabhi et Isabelle Depuydt) ;
  • - « Développer les compétences et la formation tout au long de la vie » (Thierry Lepaon, Catherine Perret et Djamel Teskouk) ;- « Assurer des systèmes de rémunérations justes et efficaces » (Michèle Chay, Pascal Debay et Paul Fourier) ;
  • - « Atteindre l’égalité professionnelle et améliorer la qualité de vie au travail » (Ghyslaine Richard, Alain Alphon-Layre et Christine Guinand) ;
  • - « Réunir les conditions du redressement productif national » (Mohamed Oussedik, Marie-Claire Cailletaud et Nasser Mansouri-Guilani) ;
  • - « Assurer l’avenir des retraites et de notre protection sociale » (Caroline Ferreira, Éric Aubin et Pierre-Yves Chanu) ;
  • - « Moderniser l’action publique avec ses agents » (Marie-Laurence Bertrand, Bruno Bouvier, Baptiste Talbot et Nathalie Gamiochipi).
Tag(s) : #INFOS SYNDICALES

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