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Il faut noter qu’au-delà des apparences, les faits relatés ci-dessous ne sont pas sortis de l’imagination de l’un ou de l’autre. C’est du vécu, pas plus tard que cette semaine…  Cet agent au détour d’un couloir nous avait raconté son histoire, avec beaucoup de calme et nous avons trouvé normal de partager son ressenti avec vous, fidèles lecteurs. Voici ce qu’il ressort de notre conversation :

 

CGT : Bonjour, quelle fonction exerces-tu au Conseil Général des Ardennes ?

L’agent : Je suis Agent de Maîtrise dans un centre d’exploitation de la Direction des Routes et Infrastructures, patrouilleur durant les périodes de viabilité hivernale.


CGT : En quoi consiste plus précisément cette mission ?

L’agent : Je suis chargé de circuler sur les routes départementales rattachées à un circuit établi et très précis, ceci afin de déceler les différents phénomènes hivernaux (neige, verglas, gelées blanches….). Si la situation l’exige, je déclenche l’intervention des équipes de déneigement sur ce même secteur.


CGT : Comment s’est déroulé ta mission lundi 27 janvier lors de l’épisode neigeux ?

L’agent : La neige a commencé à tomber vers 15 heures assez abondamment. Je suis donc parti en voiture patrouiller sur les circuits préétablis et, vers 16 heures, j’ai décidé que la situation  nécessitait le déclenchement des trois véhicules de déneigement de mon secteur. J’ai continué le circuit de patrouille afin de définir les priorités d’intervention. Et c’est là que mes ennuis ont commencé…. !!!!


CGT : De quels ennuis veux-tu parler ??

L’agent : Je suis resté bloqué en plein milieu de la voie de circulation sur une route départementale pentue et sinueuse pendant environ 30 minutes. Vous savez, ça paraît très long 30 minutes…


CGT : Toi, le patrouilleur, bloqué… ! Mais comment est-ce possible ?

L’agent :Il s’avère que le véhicule que j’utilise pour les patrouilles n’est pas équipé de pneus permettant de rouler en toute sécurité sur la neige. C’est embêtant !!!!


CGT : Tu as téléphoné à quelqu’un pour te faire décoincer ?

L’agent : J’ai bien essayé à plusieurs reprises mais mon portable ne passait pas. Ce qui ne m’a pas permis d’appeler à ma rescousse mes collègues qui auraient pu venir saler et déneiger devant mon véhicule.

mobile-colere1.jpg

kangoo-neige.jpg

CGT : Ne me dis pas que tu entravais la circulation sur cette route ?!?!?

L’agent : Malheureusement si. Mais les véhicules particuliers équipés, eux, de pneus neige me dépassaient sans difficulté, non sans me lancer des regards amusés. Je ne savais que faire et à plusieurs reprises, j’ai fait marche arrière, marche avant… marche arrière, marche avant… pour tenter de m’extraire de cette situation.


CGT : Que pensais-tu à ce moment précis ?

L’agent : J’étais en colère car je devais continuer mon circuit de patrouille, loin d’être terminé, afin de diriger au mieux les opérations de déneigement. 30 minutes… c’est long… et on se sent bien seul….


CGT : Finalement tu as réussi à reprendre la route ?

L’agent : Oui, après plusieurs tentatives infructueuses, j’ai effectivement réussi à me sortir de cette situation. Réseau récupéré, j’ai aussitôt pris contact avec mes collègues pour leur demander d’intervenir en priorité sur cette route enneigée, sachant ce dont je parlais.


CGT : Et alors ?

L’agent : Lors de cette communication téléphonique, ils m’ont annoncé, dépités, que le matériel de déneigement fixé sur le camion ne fonctionnait pas (toupie) alors qu’il avait été testé le vendredi précédant l’événement neigeux, soit 3 jours auparavant, sans qu’aucun problème ne soit décelé.


CGT : Vous avez une solution de secours dans ce cas ?

L’agent : Les collègues se sont rendus à l’atelier afin de savoir d’où provenait le problème et il leur a été proposé de prendre, vu l’urgence, en attendant, un autre véhicule. Malheureusement, force a été de constater que ce deuxième camion avait également un équipement défectueux qui ne permettait pas de démarrer la saleuse.


CGT : Mais qu’elle est l’origine de tels problèmes ?

L’agent : Il faut déjà savoir que les deux camions dont je vous parle sont, ce que nous appelons, des « mulets », c’est-à-dire des véhicules qui remplacent en cas de panne, des véhicules habituellement affectés dans les centres d’exploitation. Notre véhicule présentait une panne d’embrayage et nous avions donc la possibilité de nous dépanner avec ces « mulets ».  Lesdits « mulets » sont des véhicules obsolètes de dépannage occasionnel, et uniquement destinés à pallier les pannes éventuelles. Je déplore l’état vieillissant des véhicules destinés à la viabilité hivernale. Pourtant, permettre aux usagers de rouler en toute sécurité en hiver est notre mission première, le cœur de notre métier. Mais le matériel qui y est consacré n’est pas toujours à la hauteur des besoins et des résultats à atteindre. De même, le vieillissement des véhicules occasionne des pannes à répétition. Et c’est bien connu, c’est toujours quand on veut s’en servir que ça tombe en panne.

 

Deneigement_agents-avec-pelles.jpgFuture méthode de déneigement ?

 

CGT : ce matériel vous pose-t-il d’autres problèmes ?

L’agent : Oui. Outre le fait qu’il est vieillissant, il y a également parfois un problème de puissance. Pour exemple, lorsque la couche de neige dépasse une certaine épaisseur, certains véhicules ont une puissance-moteur qui ne permet pas de pousser la neige.

 

CGT : Et bien…. Tu as déjà fait part de tes observations à ta hiérarchie ?

L’agent : Oui. Très régulièrement et dès que l’occasion se présente.


CGT : Qu’obtiens-tu comme réponse de la part de ta hiérarchie ?

L’agent : On nous répond que les budgets sont insuffisants et ne permettent pas le remplacement en nombre de tous ces véhicules.

 

chasse-neige-stationnes.jpgAvant

chasse-neige-lego.jpgBientôt

 



CGT : As-tu d’autres remarques à nous communiquer ?

L’agent : Oh oui ! Il n’y a pas que la viabilité hivernale car nous nous occupons également du réseau routier département en général. Dans ce cadre, viennent aussi les missions « débroussaillage », » élagage »….etc…


CGT : Et dans ces autres domaines, tout va bien ?

L’agent : OOOOOOOOOOHHHHHHHHHHHHHH   NON !!!


CGT : Ben…. Quoi encore ?

L’agent : Le matériel de débroussaillage tombe aussi en panne bien sûr. Lors de l’élagage, ne pouvant pas brûler puisque c’est interdit, nous broyons les branches et là….  problème !


CGT : C’est-à-dire ???

L’agent : le matériel de broyage est insuffisant. Il n’y a que deux broyeurs pour l’ensemble du département. Sachant que l’élagage se fait pour tous en période hivernale, nous devons nous partager 2 broyeurs pour une grosse vingtaine de centres d’exploitation. Ca ne va pas du tout


CGT : Rien d’autre j’espère ?

L’agent : Ce serait trop beau… Au cours des derniers mois nous avons prêté du matériel à un centre qui venait de se faire cambrioler. Malheureusement, notre matériel a également été volé lors d’un second cambriolage.


CGT : c’est courant les cambriolages dans les centres ?

L’agent : Ces derniers temps cela devient fréquent. D’autant que nombre de centres ne sont pas équipés d’alarme. Bon plan pour les cambrioleurs. Un camion a même été volé, incendié dans une forêt avec le matériel dedans bien sûr.


CGT : Remplace-t-on le matériel volé ?

L’agent : Tout n’est pas remplacé, le matériel que nous avons prêté ne l’a pas été. Il semblerait que les assurances ne remboursent rien.


CGT : C’est tout cette fois ?

L’agent : Non. Encore une chose. Certaines routes départementales présentent des désordres qui vont bientôt les rendre dangereuses. Le problème est le manque de budgets pour entretenir et garantir la pérennité du réseau. Bientôt les crédits insuffisants que nous parvenons à avoir pourront être seulement suffisants pour acheter un stock de panneaux « Route barrée » ou « danger accotements dénivelés » ou il faudra réduire à 70 la vitesse sur certaines routes en raison de leur dangerosité (secteur Juniville).

route-barree--1-.jpg

 

On nous dit que l’Autoroute coûte cher… Sans compter que lorsque les travaux de l’autoroute seront terminés les routes qui auront été utilisées par les engins de chantier seront défoncées totalement.

 

piste-kenya.jpgEtat des routes départementales utilisées par les engins de chantier dans peu de temps?


 

CGT : Je m’interroge ! Matériel vieillissant… matériel volé pas remplacé… matériel inadapté… matériel insuffisant… Que va devenir la Direction des Routes et Infrastructures dans de telles conditions ?

L’agent : Justement. Mes collègues et moi-même sommes découragés ! Nous voyons avec une inquiétude certaine l’avenir se profiler et nous nous demandons si cette détérioration de notre outil de travail est une volonté non avouée de nos décideurs pour, à terme, externaliser nos missions. C’est le sentiment de beaucoup d’entre nous, même si on essaye de nous faire croire l’inverse.


CGT : Oh la la !!!! Ce n’est pas réjouissant tout ce que tu nous dis. Il faudrait peut-être saisir ta plus haute autorité et lui faire comprendre ces désordres.

L’agent : Vous ne croyez tout de même pas que l’on se tait. Notre hiérarchie a forcément fait remonter les problèmes que nous lui soumettons quotidiennement. C’est le travail de la hiérarchie intermédiaire, non ? Si seulement cet article pouvait faire avancer les choses et pouvait attirer l’attention des vrais décideurs….

 

decideurs.jpg

 

CGT : Oui, tu as raison. Nous n’hésiterons pas à faire remonter directement tous tes problèmes. Merci cher agent des Routes pour cet entretien plein de [mauvaises] surprises.


 

Pour finir, vous aurez deviné, notre agent est parfois un peu comme ça et il ne faut pas lui en vouloir

 

mauvaise-humeur.jpg

Tag(s) : #SPECIAL CONSEIL GENERAL

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