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Alors que le Président sorti nous a bassinés pendant 5 ans avec sa «valeur travail», sur le terrain elle est parfois synonyme de souffrance, de traumatismes psychologiques, de licenciements expéditifs et injustifiés. Crise, concurrence internationale et chômage explosif accentuent la pression sur les salariés. Les cadres n’échappent pas à cette dégradation flagrante des relations employeurs/employés. Immersion.

En ce mois de mai 2012, dix cadres au chômage participent à un atelier «stratégies de recherche» encadré par un prestataire privé commandité par Pôle Emploi. Les participants sont motivés et la formation à la hauteur de leurs attentes. La prestation est rondement menée par une psychologue du travail compétente. Ce n’est donc pas sur cet aspect que se portera notre attention.

Ce qui la retiendra, en revanche, ce sont les parcours de ces travailleurs expérimentés, très bien formés, en pleine force de l’âge, qui se retrouvent pour la plupart dans une situation inédite : au chômage à la suite d’un conflit professionnel parfois douloureux. 

Ainsi, sur ce groupe de 10 cadres âgés de 30 ans et plus, 6 ont déjà eu des démêlés judiciaires avec leurs employeurs (60% de l’effectif) et, parmi eux, 4 sont toujours en procédure. Actuchomage les a rencontrés.

Entamons le tour de table avec Catherine, une franco-allemande qui ne restera sans doute pas très longtemps inscrite à Pôle Emploi. Après un parcours sans faute dans l’un des plus grands cabinets d’audit financier, elle a intégré le staff d’un prestigieux constructeur automobile de l’autre côté du Rhin, puis sa filiale française où Catherine était en charge de superviser 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Dépossédée de ses prérogatives de Responsable du contrôle de gestion par un N+1 (entendez un supérieur hiérarchique) récemment nommé, elle a été contrainte de quitter son poste il y a 6 mois dans le cadre d’une rupture conventionnelle (un «arrangement amiable» entre les deux parties). Depuis, elle se bat pour obtenir les indemnités prévues lors de son départ. La transaction est entre les mains de son avocate qui lui a déjà ponctionné 3.000 euros d’honoraires. Mais les pourparlers avec son ex-employeur risquent de s’éterniser pour une raison plutôt inattendue.

La tradition veut que, quand on envisage de retrouver du travail comme cadre supérieur dans une entreprise allemande, il faut montrer patte blanche sous la forme d’un «certificat de bonne conduite» rédigé par la société que l’on vient de quitter. En l’absence de ce sésame, notre contrôleuse de gestion aura des difficultés à retrouver un job outre-Rhin.

À ce jour, les négociations sont au point mort. Le temps passe. Le doute s’installe insidieusement, d’autant que Catherine sera peut-être contrainte de revoir à la baisse ses prétentions financières pour obtenir le fameux courrier de recommandation sans lequel son avenir professionnel en Allemagne est compromis. Son ex-employeur l’a bien compris, il s’en sert de monnaie d’échange et en joue comme argument de négociation. La grande classe !

Et si par malheur aucune transaction n'émergeait des discussions, il ne lui resterait plus qu’à saisir le Conseil de Prud’hommes. Au licenciement traumatisant s’ajouteraient alors des tracasseries dont Catherine n’a aujourd’hui pas idée. Car pour obtenir une audience, il faut compter un an et demi de délais à Paris, auquel on ajoutera 18 mois supplémentaires si l’une des parties fait appel de la première décision. Le marathon judiciaire pourrait alors s’éterniser trois longues années.

Philippe, la trentaine bien affirmée, est Directeur Marketing. Embauché pour développer et installer une ligne de produits cosmétiques en grande distribution, il s’est investi à fond dans sa fonction sans compter ses heures et ses déplacements. Forcément, sa vie de père de famille en a fait les frais. Une fois sa mission accomplie par une augmentation de 58% des ventes, il a été victime d’un harcèlement méticuleux de la part de son boss. Un de ses collègues lui confiera plus tard : «Dès ton embauche, il a planifié de reprendre la main une fois le business enclenché et de te pousser vers la sortie». Attitude très fair-play !

Philippe est tombé dans un traquenard qui a ébranlé ses convictions professionnelles. Très marqué par sa mésaventure, il est suivi depuis par un psy. Le doute s’est profondément enraciné en lui. Mais cette période d’inconfort risque malheureusement de durer aussi longtemps que traînera la procédure qu’il a été contraint d’engager devant le Conseil de Prud’hommes pour licenciement abusif.

Stéphane, lui, a le profil du cadre qui, a priori, ne risque pas de se faire berner par le premier venu. Avec un diplôme d’Huissier de Justice en poche, il a intégré le monde de l’assurance. Recruté par un groupe anglo-saxon qui souhaitait implanter une filiale en France, lui aussi, comme Philippe, s’est donné à fond à son travail. Expert en assurances pour des chantiers de construction, où les contrats et primes se montent parfois en millions d’euros, ses responsabilités étaient à la mesure des enjeux : énormes !

Lors de son embauche, on lui avait promis d’être secondé par une équipe qui n’est jamais venue. Stéphane s’est donc retrouvé seul à effectuer le travail de trois personnes. Un matin, il n’a pas réussi à se lever : «Burn Out», disent les Anglo-saxons. Syndrome d’épuisement professionnel en bon français. Après deux mois d’arrêt de travail, puis un retour en entreprise, Stéphane s’est fait licencier pour faute grave. Pendant son absence, son employeur a eu tout le loisir de réunir les preuves de soi-disant manquements professionnels. Et comme il ne les trouvait pas, il n’a pas hésité à les «fabriquer» de toutes pièces. Outre les Prud’hommes, l’affaire pourrait bien se retrouver au Pénal pour «faux et usage de faux», car Stéphane dispose des éléments démontrant que son employeur a falsifié le dossier à charge. Sympa, le patron faussaire !

Là encore, comme Philippe et Catherine, notre assureur a perdu une partie de son assurance qu’il retrouvera peut-être au terme d’une procédure qui s’annonce forcément laborieuse.

Nous égrènerons rapidement les parcours des autres participants à cette formation pour cadres au chômage. Julie, Directrice Marketing, a vaincu il y a une dizaine d’années un cancer dont elle attribue le développement à un licenciement douloureux. Françoise, avocate de formation, a exercé 8 ans en profession libérale avant d’intégrer des services juridiques en entreprises. Elle a connu, elle aussi, plusieurs séparations houleuses avec des patrons voyous «de véritables escrocs, comme elle dit, qui n’ont peur de rien, pas même de se retrouver devant les tribunaux face à une employée avocate de formation». Et finissons notre tour de table avec Pascal, vieux briscard de la communication, qu’un patron «bienveillant» a licencié par mail en pleines vacances, sans justification, sans indemnités, sans droits aux allocations chômage. Il est depuis sans ressources et vit aux crochets de la femme qui partage sa vie. Trop cool !

Ne tirons pas de généralités de ce panel restreint. Cependant, de l’aveu de tous les experts que nous rencontrons (coachs, psychiatres, psychologues, avocats…), on assiste depuis 2008 à une dégradation accélérée des relations employeurs/employés. Elle se traduit par des souffrances sur les lieux de travail qui peuvent conduire à la dépression, voire au suicide, des sujets de santé publique que nous abordons régulièrement sur Actuchomage. Les procédures contentieuses sont de plus en plus nombreuses, comme l’atteste l’allongement des délais. Sur Paris, un justiciable devra patienter 18 mois avant que le Conseil de Prud’hommes ne statue sur son sort, et 18 autres si l’une des parties fait appel de la décision. Trois ans de tracasseries au bas mot ! Le temps de se faire quelques cheveux blancs… ou de finir sur la paille !

Autant dire que la cicatrisation d’une rupture professionnelle souvent humiliante peut être longue. Parfois même, la blessure ne se referme jamais et c’est toute une vie qui bascule… pas toujours du bon côté.

 Yves Barraud pour Actuchomage.org

NDLR : Il va sans dire que les prénoms des personnes évoquées ici ont été modifiés. Et que rien n'est inventé… hélas !

Tag(s) : #INFOS SYNDICALES

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