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Á l’hôpital Ambroise-Paré, les conditions de travail sont stressantes, à l’image de tous les hôpitaux de France. Une pénibilité que refuse de considérer la ministre de la Santé. Roselyne Bachelot veut prolonger le travail des personnels infirmiers jusqu’à soixante ans.

Laurence est débordée. Dans le service de médecine générale de l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine, l’infirmière jongle entre les prescriptions de médicaments, les prises de sang et les coups de fils. Avec sa collègue, elles s’occupent de 17 patients. Un quotidien insupportable pour cette professionnelle de santé de cinquante-neuf ans. « Je suis harassée, je n’en peux plus », souffle Laurence, en préparant un kit de prise de sang. Elle est à huit jours de la retraite. « Ce sont les moments les plus durs », confie-t-elle. Laurence aurait dû partir à soixante ans pour avoir ses annuités complètes. Mais elle ne tient plus le rythme. « C’est impossible de travailler aussi longtemps, j’ai l’impression qu’on me presse tout le temps, les médecins, les cadres : on m’a toujours demandé d’en faire plus. » Elle s’occupe de malades en fin de vie, beaucoup ont le sida dans ce service. Des patients en grande souffrance. « Mais on n’a pas le temps de les accompagner », constate-t-elle, amère. Elle confesse aussi qu’elle termine rarement à l’heure prévue.

Comme Laurence, une majorité d’infirmières sont usées avant l’âge de la retraite. Á Ambroise-Paré, il est rare de croiser parmi les 580 soignants infirmiers, des personnes de plus de quarante-cinq ans. Pourtant, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, persiste à vouloir allonger la durée de travail à soixante ans au lieu de cinquante-cinq ans, sous prétexte que le diplôme d’État est maintenant reconnu à bac+3. Jusqu’en décembre 2010, les infirmières auront le choix de rester en catégorie B ou de passer en catégorie A, la plus haute de la fonction publique. Ce qui signifie partir en retraite à soixante ans, avec un bonus estimé à 2 000 euros par la ministre de la Santé, pour les dernières années. Cette réforme nie la pénibilité du métier : un cinquième des infirmières de la fonction publique partent avant cinquante-cinq ans en invalidité, d’après la CGT.

« Passer en catégorie A ? C’est hors de question. Je ne tiendrai pas jusqu’à soixante ans, je suis déjà out ! » s’énerve Marie-Claire, infirmière de quarante-huit ans. Pendant des années, elle a travaillé de nuit, puis dix ans en orthopédie. Elle a soulevé des malades opérés de la hanche et des personnes âgées dépendantes. Après deux hernies, elle souffre aujourd’hui d’un mal de dos chronique. Depuis 2000, Marie-Claire occupe un poste « aménagé » en dermatologie. Un job pas forcément reposant. « Je fais de l’accueil, du classement des dossiers, et des soins. Je suis à la fois secrétaire médicale, archiviste et infirmière. Je fais un peu de tout vu comme on manque de personnel », constate-elle. Alors quand elle arrive à boucler toutes ses tâches, elle est satisfaite. Ce qui est rare. Elle témoigne aussi d’un manque de reconnaissance des médecins de son service.

Elle craint aussi que les infirmières fraîchement diplômées se voient dérouler le tapis rouge à l’hôpital. Á leur sortie de l’école, en 2012, celles-ci auront un statut supérieur aux anciennes, restées en catégorie B. Á l’inverse, Isabelle, infirmière en orthopédie, plaint les futurs diplômés. « Les jeunes sont toujours appelés sur leurs jours de congés pour remplacer et avec le système de grande équipe, ils se retrouvent soit du matin, soit de l’après-midi, c’est incompatible avec toute vie privée », constate-t-elle. Les jeunes infirmières sont aussi baladées de service en service pour combler les manques. Privilège de l’ancienneté, Isabelle, quarante-six ans, travaille du matin. Et refuse de venir au pied levé. Mais n’imagine pas de continuer jusqu’à soixante ans. « Sinon, on viendra soigner les gens avec un déambulateur », ironise-t-elle. Franck, infirmier en radiologie de quarante-six ans, a encore de l’estime pour son métier. Il participe à des protocoles de recherche, notamment sur les techniques de pontages coronariens réalisés par radio. « Mais rien que pour le fait de travailler un week-end sur deux, on mérite d’être en retraite plus tôt », estime-t-il. Le stress s’est aussi accru chez les personnels infirmiers. Depuis quelques années, la responsabilité du soignant est directement mise en cause comme dans le cas du petit Iliès, décédé en décembre 2008, à cause d’une erreur de médicament. « Avant, l’hôpital prenait sur lui, maintenant, on est en première ligne. Si on reste jusqu’à soixante ans, on ne saura même plus faire une prise de sang. Il ne faudra pas s’étonner si les patients nous attaquent pour faute professionnelle. Ce projet nie les risques de notre métier. Bientôt, plus personne ne voudra être infirmier », soupire Franck.


Cécile Rousseau

 


Tag(s) : #INFOS SYNDICALES

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