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Les politiques d’austérité sont en quelques sortes le revers de la « compétitivité ». L’austérité consiste à multiplier les coupes dans les dépenses publiques afin de permettre que les budgets publics soient équilibrés.

Le principe est le suivant : avec la crise financière (le renflouement des banques) et la crise économique (la récession), les gouvernements ont accumulés des dettes publiques importantes qui  contraignent les budgets. Or d’une part, ils ne peuvent pas « faire marcher la planche à billet » pour soulager cette dette, puisque c’est la Banque centrale européenne (BCE) qui est en charge de la politique monétaire. De l’autre ils se refusent à augmenter les impôts sur les plus riches ou sur les entreprises, « compétitivité oblige », et il est délicat de se contenter d’accroître la pression fiscale sur les classes moyennes et populaires.

La solution pour équilibrer les dépenses et recettes consiste donc à sabrer dans les dépenses publiques. Cela passe par des coupes dans les effectifs et salaires de la fonction publique (et donc dans les services publics) ainsi que dans la protection sociale (chômage, santé, logement, retraites…). Ainsi en 2010 le gouvernement britannique a mis en place un plan d’austérité sur 5 ans à hauteur de 90 milliards d’euros de coupes, soit 14% des dépenses. Avec au programme, suppression d’allocations sociales, relèvement à 66 ans de l’âge de départ à la retraite, privatisations partielles ou totale (santé, police, services sociaux, services publics locaux)…

En Grèce depuis 2010 le financement des hôpitaux publics a diminué de 40% alors que, dans le même temps, la demande de soins hospitaliers augmentait de 24%. Les coupes ont des conséquences dramatiques sur l’accès aux soins et leur qualité (réduction radicale du personnel et à la détérioration des infrastructures des services de santé), mais elle contribue surtout de manière générale à une explosion de la pauvreté.

Celle-ci atteint des records en Grèce, avec plus d’une personne sur 5 en dessous du seuil de pauvreté. Pour la première fois depuis 1950, la mortalité infantile a augmenté en Grèce (depuis 2008, de 2,7 à 3,8). Avec l’augmentation du prix du pétrole, en 2010 il y avait déjà 18,7% de la population incapable de se procurer un chauffage décent. 3500 établissements scolaires qui sont confrontés à la menace de fermeture, faute de possibilité de couvrir le coût du chauffage.

Cette catastrophe sociale ne s’explique pas uniquement par les coupes budgétaires, mais par leurs conséquences sur l’économie grecque. De 2010 à 2012, le pouvoir d’achat a chuté de 50%. Les mesures d’austérité ont brisé la consommation intérieure, qui a diminué de 25% sur la même période. Les entreprises n’ont plus de débouchés, les faillites se multiplient. Le PIB s’est en tout rétracté de 25% de 2009 à 2012.

Le chômage a été multiplié par 3 entre 2009 et 2012. De 9,5% à 26,8% en octobre 2012. Aujourd’hui, sur les 1,3 million de chômeurs et seulement 200 000 bénéficient d’allocations allant de 180 à 468€. Parmi l’ensemble des chômeurs, plus de 3 sur 4 sont au chômage depuis plus de 12 mois. Les jeunes paient un très lourd tribut, avec 56,4% de chômage début 2013. De nombreux n’ont qu’un souhait : émigrer.

Les politiques imposées par la force par la Troïka n’ont pas sauvé la Grèce : elles l’ont enfoncé dans le chaos. La dette et les déficits ont explosé et la divergence de compétitivité s’est accrue entre la Grèce et les autres pays de l’Union européenne. La Grèce n’est pas un cas isolé, loin de là, même si elle a connu le « traitement » le plus brutal. Partout en Europe, à des degrés divers, les mêmes « cures » produisent les mêmes effets : récession, chômage et précarité.

Comment les gouvernements en arrivent-ils à prendre des mesures aussi impopulaires ? Il semble que les dirigeants européens, de « gauche » comme de droite, se sont jusqu’à présent été persuadés qu’il s’agissait là de l’unique alternative. Mais cela va-t-il toujours durer ? Comment s’assurer qu’aucun gouvernement ne soit tenté par la rupture avec l’« austérité compétitive » sous la pression populaire ? Dans le cas d’un pays surendetté, ces questions se posent dans une moindre mesure : en acceptant un « sauvetage financier » l’Etat renonce à un pan de sa souveraineté, et la Troïka peut, à son aise, dicter les mesures à prendre.

Dans le cas des autres pays européens, une série de mécanisme a été adopté pour mettre sous contrôle des budgets nationaux :

- Le six-pack (2011) et le two-pack (2013) sont un ensemble de directives et de règlements européens qui mettent en place un mécanisme de surveillance des budgets nationaux. Les gouvernements doivent soumettre aux experts de la commission européenne leurs propositions de budgets annuels qui seront examinés à l’aune de critères de rigueur budgétaire et de compétitivité (semestre européen).

- Le Pacte budgétaire (2012) prévoit que les Etats membres du traité inscrivent dans leur législation un strict contrôle du déficit public « structurel » : celui-ci ne peut et ne doit pas dépasser 0,5%, interdisant ainsi par exemple une politique de relance de l’économie par l’investissement public.

Ainsi les impératifs d’austérité et de compétitivité apparaissent de plus en plus non seulement comme des dangers pour nos sociétés, mais comme la négation même du principe de démocratie.

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Tag(s) : #INFOS SYNDICALES

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