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Aux Trente Glorieuses (de 1945 à 1973) ont succédé les Quarante Calamiteuses qui ont laminé la «Valeur Travail», réduite à peau de chagrin, à laquelle s'accrochent les nostalgiques d'un temps révolu.

(Suite de l’Épisode 8)… Pour des centaines de milliers de personnes confrontées à l’inactivité forcée à la suite d’un licenciement ou d’une fin de contrat, une période de chômage peut être l’élément déclencheur d’un nouveau départ, d’un virage à 90 degrés, sous réserve de s’y préparer et, plus encore, d’en manifester l’envie.

La plupart d’entre nous est pris au piège du train-train quotidien «Métro Boulot Dodo» qui semble avoir été fomenté par les forces occultes qui nous gouvernent pour nous interdire les moments de répit, de recul et donc de réflexions critiques sur le sens de notre existence. Plus encore quand on est chargé de famille.

La réappropriation de notre destin apparaît alors inconcevable, tant nous sommes absorbés par le quotidien de notre vie professionnelle, par ses contraintes et ses satisfactions aussi. Il n’est même pas si facile que ça de changer de travail quand on est en activité, de trouver le temps de consulter les annonces, d’y répondre et de se rendre aux entretiens quand ils se présentent.

L’activité professionnelle est une voie qui, pour beaucoup d’entre nous, n'offre pas d’autre issue que celle qui se profile devant soi. Il faut avancer, toujours dans le même sens, celui que nous n’avons pas toujours choisi ou qui ne nous donne pas entière satisfaction.

Seule l’inactivité forcée nous offre alors l’opportunité de nous poser, de peser les pour et les contre, les avantages et inconvénients du chemin que nous avons jusque-là parcouru. Sur cet aspect, le chômage est un véritable luxe. Il nous accorde ce temps qui nous était compté et la disponibilité que l’on ne trouvait plus à s’accorder.

Pour certains, l’entame de cette période est donc vécue avec soulagement, avec euphorie parfois, sous réserve d’y avoir été préparé et de disposer d’un petit matelas d’économies. C’est cette dynamique constructive qui est la plus difficile à entretenir, à conserver, à renforcer au fil des semaines et des mois. Car l’euphorie de la liberté recouvrée ne dure qu’un temps ! C’est une constante. Toutes celles et tous ceux qui sont passés par-là savent de quoi nous parlons. Certains tourneront en rond plus rapidement qu’ils ne le pensaient. D’autres verront le doute s’immiscer par petites touches insidieuses dans les résolutions qu’ils avaient prises, dans cet optimisme qu’ils croyaient inébranlable, dans le petit confort routinier du chômeur bienheureux dans lequel ils espéraient s’installer un temps. Les choses ne sont jamais aussi simples, malheureusement.

Car le premier challenge que doit relever le chômeur est de conserver cette estime de soi, pour soi, mais aussi aux yeux des autres, de ses proches et de ses lointains. C’est la raison pour laquelle, quand on a perdu son travail, il faut en démarrer immédiatement un autre. Car, qu’on se le dise, le chômage est la meilleure période pour travailler ! Voilà sans doute le principal enseignement que nous tirons des centaines de témoignages que nous avons recueillis depuis une dizaine d’années.

Le chômage est l’opportunité de travailler enfin pour soi, sur soi. Oh, il n’est pas question d’aborder ici les petites magouilles consistant à exercer une activité professionnelle «au noir», «au black» comme on dit, pour compléter frauduleusement son allocation chômage. Non, nos réflexions fixent des approches plus ambitieuses, de celles qui peuvent conférer à l’existence une dimension qui nous avait jusqu’à présent échappée.

Nos pensées se porteront dans un premier temps sur toutes celles et tous ceux qui profitent de leur période de chômage pour compléter leur formation, se lancer dans une reconversion professionnelle, impulser une nouvelle orientation à leur carrière, s’investir dans le développement d’une activité artisanale ou la création d’une entreprise.

À notre connaissance, aujourd’hui en France, une entreprise sur deux est créée par un chômeur, ce qui démontre bien que le chômage est un facteur de développement économique, même si une majorité des sociétés créées ne survivent pas à leurs deux premières années d’activité. Le risque de l’échec fait partie du jeu de la création. Il en est le sel, le poivre et tous les condiments. Cependant, l’Insee constate que le dépôt de bilan et la cessation d’activité ne menacent pas plus les chômeurs créateurs que ceux qui, alors qu’ils étaient en activité, se sont mis à leur compte. Dans ce registre, l’échec est équitablement réparti.

Le chômage n’est pas qu’une période pendant laquelle on a le temps d’envisager sa reconversion professionnelle ou sa réintégration dans le métier qu’on exerçait. C’est une occasion unique de défricher des voies qui nous paraissaient très éloignées de celles qu’on a coutume d’emprunter.

Certains ont la chance de vivre cette révélation qui transforme leur vie. Dans ce domaine, la palette des possibilités est infinie. Ainsi, pour occuper des journées qui, parfois, paraissent bien longues, les uns se mettent à peindre, d’autres à écrire, à lire, à s’informer, à bricoler, à jardiner, à militer… à s’octroyer ce temps qui leur était jusqu’à présent compté et, aussi, à le partager dans un cadre familial, associatif, culturel, sportif. Le chômage doit impérativement être une période d’ouverture aux autres et non de repli sur soi-même ce qui est, malheureusement, un de ses travers les plus communs.

Et il en faut du courage pour sortir de chez soi, pour sortir de soi, quand le doute s’installe, quand le regard des autres indispose autant que leurs questions indiscrètes qui mettent mal-à-l’aise, qui nous revoient cette image que nous ne voulons pas donner de nous, celle du pauvre mec ou de la pauvre nana qui galère.

Comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, la société dans son ensemble n’a de cesse de culpabiliser d’une manière ou d’une autre le chômeur, comme si elle cherchait à se dédouaner de ses responsabilités, en tentant de faire supporter la charge de ses dysfonctionnements par celles et ceux qui en sont victimes, les privés d’emploi. Certes, l’assistanat et la compassion ont leurs limites. Certes, il revient à chacun de se prendre en main, de se remuer, de se battre, de se bouger. Mais quand la pénurie d’emplois disponibles culmine au sommet que nous connaissons aujourd’hui, quand les petits salaires sont bloqués et que beaucoup d’entre eux ne permettent pas de vivre dignement, c’est la société qu’il faut juger et condamner, pas celles et ceux qui refusent le jeu de dupes qu’elle propose, au seul profit d’une minorité possédante.

Le voile tombe enfin ! On découvre le vrai visage de celui qui écrit ces lignes. Un de ces adeptes – gauchiste, il va de soi – de la théorie du complot capitaliste qui, insidieusement, encourage le chômage pour restreindre les prétentions salariales des actifs en activité et ainsi, maximiser les profits. Ce «système» dont les grands de ce monde tireraient les ficelles au détriment des classes laborieuses, des petits, des sans-grade, en les mettant en concurrence, en les dressant les uns contre les autres, en encourageant les dissensions, la désunion et l’individualisme. Toutes ces inégalités de classes et de castes qu’on entretiendrait savamment parce que, sans inégalités il n’y a point de profits, de bénéfices, de dividendes, de fortunes que l’on amasse sur le dos des autres.

Selon l’auteur de ces lignes, votre serviteur, il y aurait d’un côté les victimes sacrifiées sur le champ de la Mondialisation capitaliste – les chômeurs et les précaires – et de l’autre, les grands patrons, ces généraux des temps modernes réfugiés loin du front, dans leurs tours d’ivoire, qui, sans l’ombre d’un scrupule, envoient à l’abattoir une chair à canons servile, obéissante et soumise. Voilà la thèse enfin démasquée, celle qui se cache en filigrane dans les réflexions soumises à votre éveil.

Eh bien non, pas du tout. Au contraire ! Cette digression a pour objet, en définitive, de dénoncer l’apathie, la passivité, la docilité, la soumission, le laisser-faire, le «chacun pour soi» qui prédominent dans la masse grossissante des chômeurs et des précaires. Car combien sont-ils en France ? 5,7 millions d’inscrits à Pôle Emploi auxquels on peut ajouter 2,6 millions de smicards qui partagent les mêmes difficultés à sortir de la spirale du sous-emploi pour les uns, du travail mal rémunéré pour les autres et des fins de mois à découvert pour tous. Ce qui nous donne, au bas mot, 9 à 10 millions de personnes sur 30 millions d’emplois salariés et non salariés en France, soit 33% de la population active.

Où voulons-nous en venir exactement ? À ce que nous avons déjà évoqué furtivement en amont : l’avenir ne s’écrira pas sans que ne soient pris en compte les millions de personnes touchées par le chômage, la précarité et les salaires de misère. La société ne se réorganisera pas sans placer ces réalités d’aujourd’hui, et plus encore de demain, au cœur des réflexions et des programmes. Cette acceptation de la part des premiers concernés et, plus encore, de ceux qui feignent de les ignorer, sera la clé de voûte de l’incontournable refondation de notre société.

Ces envolées fumeuses, pour ne pas dire pompeuses, s’ancrent déjà dans la réalité de la vie politique, sous les formulations d’un électoralisme primaire. Pour autant, derrière ces approches démagogiques et populistes se cachent de vrais enjeux sociaux et sociétaux. Prenez le thème galvaudé de «l’insécurité». Que sous-entend-t-il dans la classe politique et pour une majorité de l’électorat : la délinquance, les violences verbales et physiques, les vols, les incivilités, et par amalgame pour la frange la plus droitière : l’immigration incontrôlée facteur de tensions entre communautés. Mais si l’on élargit le champ d’interprétation de ce mot, vers quelle thématique cela nous mène-t-il ? À «l’insécurité sociale» qui se traduit par un accès restreint ou limité aux produits de première nécessité, au logement, aux transports, aux loisirs, aux vacances, à l’éducation et à la formation, à la couverture maladie, aux soins hospitaliers, à la Justice… Enfin, à tout ce qui constitue la vie de l’ensemble de la population.

Et quels sont les premiers fauteurs d’insécurité dans son acceptation la plus large ? Ce sont justement le chômage et la précarité.

Si le «plein-emploi» était garanti, l’insécurité des biens et des personnes baisserait sans qu’il soit nécessaire de déployer des effectifs de police supplémentaires dans les quartiers populaires aujourd’hui gangrenés par le chômage. Si 50 ou 60% des personnes actuellement inscrites à Pôle Emploi travaillaient pour de bon et touchaient un salaire équivalent à un Smic revalorisé (1.400 euros nets par exemple), le financement des caisses d’assurance-maladie, d’assurance-chômage, de retraite serait assuré. Si le «plein-emploi» était la norme, l’accès à l’éducation, à la formation, au logement, aux services publics de proximité, à la Justice… s’en trouverait facilité.

Toutes les formes d’insécurité que nous connaissons découlent de l’insécurité professionnelle, de la pénurie d’emplois, des inégalités criantes et injustes, de l'absence de ressources et de moyens qui poussent les uns à la délinquance, à la fraude, aux agressions, aux trafics d’une économie parallèle et mafieuse, et qui interdisent aux autres de se soigner convenablement, de se loger, de se nourrir correctement, de se chauffer, de s’éduquer et de se divertir…

Comme le soutenait Claire Villiers, co-fondatrice d’AC ! : «Le chômage et la précarité sont au cœur de la question sociale». Nous ajouterons qu’ils devraient être l’élément fondateur, le thème central, prioritaire, non négociable, de tout programme électoral véritablement novateur. Il revient à nos concitoyennes et nos concitoyens qui y sont confrontés ou y ont été, de revendiquer cette exigence qui est la seule à ouvrir de réelles perspectives de refondation. À défaut d’une prise en compte de cette nécessité absolue, nous connaîtrons des temps difficiles, des tensions dévastatrices qui nous feront régresser. Récession dans laquelle nous sommes déjà bien (mal) installés et dont il convient d’enrayer le cours.

Cette nécessité impose l’engagement des chômeurs, des précaires et des salariés du bas de l’échelle, dans l’action militante, dans la lutte contre toutes les insécurités sociales, ce qui passe par la reconnaissance de leur droit à obtenir un emploi rémunéré, à minima, au niveau d’un Smic revalorisé ou, à défaut, d’un Revenu universel décent. Cet engagement devrait être la mesure phare de tout programme électoral porté par une personnalité de Gauche à l’élection présidentielle.

Mais nous savons, par expérience, que cette exigence de mobilisation des petits et des sans-grade de la République relève, aujourd’hui, de l’utopie, tant la masse des chômeurs et précaires est hétéroclite, dispersée, désorganisée, livrée à elle-même, abandonnée par lla plupart des syndicats et par la plupart des partis politiques. Elle est donc incapable de se fédérer, de s’unir autour de revendications partagées par le plus grand nombre. Pour autant, nous reprendrons à notre compte la conviction de Théodore Monod : «L’utopie, ce n’est pas l’irréalisable mais l’irréalisé»… qui le sera un jour ou l’autre.

 

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Tag(s) : #INFOS SYNDICALES

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