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L'Europe a tranché ce débat passionnel : les farines animales seront réintroduites dans l'alimentation des porcs, volailles et poissons. Sous des conditions très strictes… qui ne lèvent pourtant pas les craintes.

Les eurodéputées Corinne Lepage et Michèle Rivasi sont vent debout contre le projet de la Commission, mais n'ont pas réussi à convaincre le parlement européen de s'y opposer. Comme José Bové, elles estiment que « le risque ne vaut pas le coup ». Bruno Lemaire a, lui, déjà fait savoir que la mesure ne s'appliquerait pas en France « tant qu'[il] sera ministre de l'Agriculture ».

Contrairement à ce qu'on peut imaginer, il ne s'agit pas cette fois de faire avaler des restes de bovin aux bovins, ni même des restes de porc aux porcs. Fini le cannibalisme et fini les ruminants. Ce qui, selon, les scientifiques, nous prémunit contre tout retour de la maladie de la vache folle.

Bienvenue aux « protéines animales transformées »

Farines animales est désormais un gros mot. L'Europe préfère parler de « protéines animales transformées », nécessaires aux animaux d'élevage, et qui, si elles sont végétales, sont essentiellement importées d'Amérique Latine (le fameux tourteaux de soja, OGM en partie).

Pour Véronique Bellemain, adjointe au président du Conseil national de l'alimentation, instance consultative chargée d'éclairer le ministre par un rapport sur le sujet, il faut éviter la confusion entre deux filières bien distinctes qui n'ont « pas les mêmes circuits de collecte ni les mêmes acteurs » :

« Les protéines animales transformées (PAT) sont des sous-produits d'animaux sains pour la consommation humaine, comme les plumes, cuirs, os et viscères. En Asie ou en Afrique, ces parties sont d'ailleurs mangées par les humains.

Il ne s'agit pas d'autoriser les farines issues des cadavres trouvés morts à la ferme et qui sont peut-être morts de maladie. »

La filière bovine a d'ailleurs trouvé d'autres débouchés depuis la crise de la vache folle, fait valoir cet organisme : les carcasses brûlées sont revendues à des cimenteries, deviennent des fertilisants… La pression économique de la filière serait donc moindre.

Pas de risque avec les porcs, volailles et poissons ?

La réintroduction ne concerne pas les bovins, ni même les petits ruminants, seulement des espèces où les maladies à prion sont jusqu'ici inconnues. Jacques Grassi, président du comité d'experts de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de la santé et du travail (ANSES) sur ces maladies à prions, explique :

« Ces protéines ne semblent pas présenter un risque, car :

  • les maladies à prion n'ont été observées que chez les mammifères et
    essentiellement chez l'homme et les ruminants, elles n'ont, par exemple,
    jamais été observées chez des espèces comme le porc, le chien ou le
    lapin. Les oiseaux et les poissons ne sont donc pas concernés non plus. ;
  • Il est exclu de nourrir les animaux d'élevage avec des protéines de ruminants ;
  • Des protéines venant des porcs seraient données aux volaille,s et inversement, et les deux seraient données aux poissons. »

Rivasi : « 67 cas de maladie de la vache folle en 2009 »

Bien sûr, personne n'a intérêt à ce que tout se mélange et qu'au final un bovin avale de la protéine issue du porc. Michèle Rivasi a observé l'organisation de la filière et doute de ses bonnes pratiques :

« Les équarrisseurs mélangent les animaux sans aucune traçabilité, on n'a pas de garantie.

Et dans une ferme, si, par erreur, les bovins se mettent à manger des protéines de volaille, ou les porcs des protéines de porcs ? Il ne faut pas ouvrir la boite de pandore. »

Et puis, comme le remarquent les scientifiques, on n'a pas exactement déterminé l'origine de la maladie de la vache folle : « Comment le premier prion est arrivé dans la première farine, ça on le sait pas », pointe Jacques Grassi. D'où le soupçon dès qu'il s'agit de faire manger des restes d'animaux à des animaux. Michèle Rivasi se demande aussi « pourquoi il y a encore eu 67 cas d'ESB en 2009 en Europe, alors que les farines ne sont plus autorisées ? »

Des arguments écolos « fumeux » ?

Les protéines animales transformées ont des arguments écolos pour elles : ce serait dommage de perdre des déchets qui peuvent être utiles, et l'importation de protéines végétales sud-américaines présente un bilan carbone catastrophique.

Véronique Bellemain, du Conseil national de l'agriculture, pense aussi à l'aquaculture :

« On consomme de plus en plus de poisson dans le monde, or pour les nourrir et les élever, on fait peser une pression supplémentaire sur la pêche minotière. »

Deux arguments spécieux aux yeux des écolos du parlement européen, pour qui l'Europe devrait plutôt chercher à produire ses propres protéines végétales.

Comme l'expliquait José Bové lors d'une interview il y a un an, ce qui bloque, ce sont les accords de libre-échange datant de 1992 :

« L'Europe a accepté de limiter son soutien aux cultures de protéine végétale et s'est engagée à importer du soja américain sans droits de douane.

Avec une meilleure utilisation du colza et une reconversion de seulement 7% des surfaces en céréales, on pourrait réduire nos importations de protéines animales de 41%. »

 

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Tag(s) : #INFOS SYNDICALES

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