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Destiné à satisfaire les marchés financiers et Bruxelles, le plan du gouvernement pourrait se révéler plus cruel sur le plan social qu’efficace sur le plan économique.

Un article de Jean Philippe Joseph, journaliste à Ensemble ! le mensuel adressé aux syndiqués CGT

 

 

 

1 La rigueur de l’automne.

2008- 2009, années de crise financière. L’État français, comme la majorité de ses homologues, intervient massivement pour prévenir un effondrement du système financier. Afin de répondre à la demande de crédit des entreprises et des ménages, l’endettement public prend le relais de l’endettement privé, contribuant aussi au creusement du déficit budgétaire. Qui, à la fin de l’année, atteindra 8 % du PIB (niveau de richesses créées sur une année pour un pays donné), très loin des 3 % imposés par le traité de Maastricht. Pour satisfaire aux critères européens et à ceux des agences de notation financières, le gouvernement de François Fillon a donc transmis à Bruxelles un programme de stabilité destiné à ramener le déficit à 3 % du PIB d’ici à fin 2013. Représentant une économie à réaliser de 100 milliards d’euros.

 

 

 

2 Dix années d’aberration fiscale.

À l’opposé des discours sur une France qui vivrait « au-dessus de ses moyens », trois rapports publics (1) laissent apparaître que le piteux état de nos finances publiques est le résultat de dix années de moins-disant fiscal au bénéfice des plus riches, ménages et entreprises. Par la réduction de l’impôt sur le revenu, l’allégement de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), l’exonération des droits de succession et de donation, la mise en place d’un bouclier fiscal, pour les ménages. Et par la réduction de l’IS (l’impôt sur les sociétés, qui a rapporté 21 milliards à l’État en 2009 contre 50 en 2008), la création du crédit impôt recherche ou la taxation à taux réduit des plus-values à long terme de titres de participation, entre autres, pour les entreprises. Rédigé par son actuel directeur général, un rapport de l’Insee souligne ainsi que « depuis 1999, l’ensemble des mesures nouvelles prises en matière de prélèvements obligatoires ont réduit les recettes publiques de près de 3 points de PIB ». Mieux encore, sans ces baisses d’impôts, la France serait, selon le rapporteur général de la Commission des finances à l’Assemblée nationale, le député UMP Gilles Carrez, dans les clous – ou tout comme – des critères européens.

 

 

3 Où trouver les 100 milliards d’euros nécessaires ?

Matignon a clairement annoncé la couleur : pour moitié, cela se fera par le gel pendant trois ans d’une dépense publique (qui inclut les frais de fonctionnement de l’État, les dépenses d’intervention – aides économiques, sociales ou à l’emploi – ou encore la protection sociale) jugée « trop élevée  ». Orientation qui implique de nouvelles coupes dans les effectifs de la fonction publique (on parle du nonremplacement de 100 000 postes) et le gel des salaires, ainsi que la « remise à plat » de certaines aides sociales et à l’emploi : seraient visés le RSA, les allocations logement, les contrats aidés… Également dans le collimateur du gouvernement, les niches fiscales. « Leur montant total est de l’ordre de 75 milliards, observe l’économiste Nasser Mansouri-Guilani. Le gouvernement dispose là d’une marge peutêtre un peu plus importante que les 5 milliards envisagés. Il faut mettre à plat l’ensemble des niches, examiner celles qui sont efficaces et celles qui le sont moins. » L’autre moitié des 100 milliards proviendrait des fruits de la croissance, autour de 2,5 % dès l’an prochain, espère le gouvernement. Prévision à laquelle peu d’économistes et d’investisseurs veulent bien croire…

 

 

4 Une cure d’austérité, et après ?

L’idée du gouvernement est que la réduction des déficits et de la dépense publique doit redonner confiance aux investisseurs et booster la croissance. Pour cet économiste de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), cette politique de rigueur va tout simplement « tuer la croissance dans l’oeuf », les dépenses de santé, les aides sociales ou à l’emploi, jouant en temps de crise un rôle de soutien à la consommation, moteur traditionnel de la croissance en France. S’agissant des entreprises, pour lesquelles la pression fiscale a été plus forte ces dernières années pour les petites que pour les grandes, il conviendrait, estime Nasser Mansouri- Guilani d’envisager « un taux d’imposition qui tienne compte de l’investissement productif et de la politique de distribution des dividendes ». Au final, la politique de rigueur du gouvernement a plus de chances de désorganiser l’action publique et faire exploser le chômage que de favoriser une reprise de l’économie. De fait, c’est bien les salariés, les classes moyennes et les foyers les plus modestes, déjà touchés par les vagues de licenciements de 2008 et 2009, qui risquent de devoir payer une seconde fois la facture de la crise financière.

 

 

 

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Tag(s) : #INFOS SYNDICALES

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