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Selon son secrétaire général, l’UMP serait favorable à un prolongement des droits du million de chômeurs qui vont les perdre en 2010… sous certaines conditions, bien sûr.

Car «ce qui est très important, c'est qu'il y ait des droits et des devoirs à chaque fois», a insisté l'ex ministre du Travail. Il propose donc, en contrepartie, que cette engeance suive «une formation spécifique pour retrouver un emploi», ou bien accepte «un contrat aidé d'une durée précise pour retrouver un emploi» (sic).

Une formation spécifique pour retrouver un emploi ? Si de tels dispositifs existaient en quantité et qualité suffisantes, ça se saurait. Car il y a belle lurette qu'en France, la formation professionnelle tout au long de la vie - et surtout pour les chômeurs - n'est pas une priorité : particulièrement inégalitaire, côté salariés c'est la gabegie; côté privés d'emploi, c'est le parcours du combattant. Par quel miracle reviendrait-on aujourd'hui sur ce véritable scandale ?

Deux questions viennent à l'esprit. Primo, à quoi sert une formation, qu'elle soit courte et ciblée ou longue et qualifiante, s'il n'y a pas d'emploi à la clé pour la mettre à profit ? Car c'est bien le problème du moment, voire des deux années à venir : zéro reprise à l'horizon ! Une formation non mise en pratique dans un délai rapide est vouée à l'écueil : cela s'appelle du gâchis. Secundo, s'agit-il d'orienter à marche forcée (le devoir de travailler supplantant la liberté de choisir son travail) des bacheliers et autres chômeurs diplômés vers des «métiers d'avenir» «non délocalisables» comme… les emplois de service - essentiellement réservés aux femmes ? - ou ceux de la sécurité privée - pour les hommes ? -, dont on sait qu'ils sont précaires et mal payés ? Ah mince, j'oubliais ! Il est cohérent, Xavier Bertrand :
la loi sur l’«offre raisonnable» de juin 2008 a officialisé un ersatz de STO qui intègre l'appauvrissement et la précarisation durables des accidentés de l'emploi. Ce qui pèse dans la balance, ce n'est pas ce que la qualification et la compétence d'un candidat va rapporter à l'employeur mais ce qu'il va lui coûter, là, tout de suite, en terme de salaire et de «charges»... Sans compter que, de nos jours, on ne s'émeut du déclassement salarial que pour des gros pontes comme Henri Proglio !

Un contrat aidé d'une durée précise pour retrouver un emploi ? Sans le vouloir, Xavier Bertrand admet donc que ces contrats, grassement subventionnés par la collectivité, ne sont pas… des emplois ! Outre le fait qu'ils soient jetables et ne permettent pas de vivre, Xavier Bertrand élude que la majorité de leurs signataires en deviennent, hélas, abonnés ! Rares sont ceux qui ont pu, par ce biais, décrocher ensuite un emploi véritable.

Les droits et les devoirs ? Parlons-en !

Quels sont «les droits et les devoirs» des banques qui ont bénéficié de l'aide des États sans contrepartie sur leur financement de l'économie réelle et leur comportement en général ? Quels sont «les droits et les devoirs» des entreprises du CAC40 qui continuent à licencier alors qu'elles font des bénéfices ? Quels sont «les droits et les devoirs» des actionnaires et autres spéculateurs, qui s'engraissent sur le dos des pue-la-sueur ? Quels sont «les droits et les devoirs» des employeurs, ces véritables assistés qui bénéficient de milliards d’€ d'aides publiques, d'exonérations fiscales (taxe professionnelle, TVA…) ou de cotisations sociales (contrats aidés, bas salaires…), sans contrepartie sur la sauvegarde/création des emplois ?

Que dit notre Constitution ?

Tandis que les coupables demeurent impunis voire hautement récompensés, leurs innombrables victimes, suspectées de sombrer volontairement dans la pauvreté et la mort sociale, devraient plus que jamais montrer patte blanche ?
Des droits, elles n'en ont plus mais des devoirs, encore et toujours ? Cela suffit !
Honte à vous, M. Bertrand. Et pour rafraîchir votre mémoire aussi défaillante que sélective, en matière de «droits» et de «devoirs», voici ce que dit notre Constitution :

• L'article 5 du Préambule de 1946 stipule que «Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi». Or, comment peut-on avoir "le devoir de travailler" si obtenir un emploi qui permette une existence convenable est devenu impossible, donc que "le droit d'obtenir un emploi" est allègrement bafoué ? «C'est par le travail que l'on se réinsère dans la société», a récemment déclaré Nicolas Sarkozy. Mais quand le travail est indigne sinon inexistant, comment prêter crédit à ces propos obsolètes, pour ne pas dire démagogiques ?

• L'article 11 précise ensuite que «Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler, a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence». L'ASS et le RSA rentrent-ils dans le cadre des "moyens convenables d'existence" ? Absolument pas. Ils sont donc, à la base, anticonstitutionnels, et plus anticonstitutionnel encore serait de laisser quelque 600.000 personnes sans ressource aucune.

• L'article 12 déclare que «La Nation proclame la solidarité et l'égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales». Il s'agit ici d'une calamité mondiale, issue des Etats-Unis et causée par les dysfonctionnements répétés de son système économique globalisé, modèle que l'UMP a toujours admiré, soutenu, et tenté d'instaurer en France. Rétablir "la solidarité et l'égalité de tous les Français devant les charges qui [en] résultent" n'est toujours pas au programme - le maintien scandaleux du bouclier fiscal n'en est qu'un exemple… - alors que sa mise en œuvre face à l'urgence de la situation pour des millions de Français, M. Bertrand, est du devoir de votre gouvernement.
A bon entendeur...

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Tag(s) : #INFOS SYNDICALES

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