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IL est 9 heures. Il pleut et il vente sur Nouzonville. Les rares passants ne traînent pas en allant acheter leur baguette et leur journal.
Gilles* se gare devant l'ancienne usine Thomé-Génot, rue Jean-Baptiste-Clément. L'endroit n'a pas été choisi au hasard. Ici s'est jouée à l'automne 2006 une très médiatique lutte « ouvrière », quand plus de 300 métallos trahis par leur patron américain ont réclamé que la collectivité ne les laisse pas sur le bord du chemin. Trois ans plus tard, plus de la moitié est toujours au chômage.
D'autres voitures se garent. Vu le temps de Toussaint, on se salue, mais on ne s'attarde pas. Il y a maintenant une petite dizaine de militants.
Gilles sort une banderole de son coffre et un de ses « amis » ouvre un sac où est rangé un petit nécessaire de bricolage. Un escabeau a même été prévu.
En deux temps trois mouvements, l'affaire est réglée. La première banderole est solidement accrochée à la grille de l'usine qui fabriquait jadis des pôles d'alternateurs. La phrase est explicite : « Ici le capitalisme mondial a détruit 302 emplois ! »
On distingue une petite signature jusqu'alors inconnue dans le paysage politico-syndical : COR. Comprenez « Collectif de résistance ouvrière ».
Puis la petite troupe remonte en voiture. Direction le nouveau rond-point à l'entrée de la ville. Même procédé. Sauf qu'ici, la pancarte est plantée dans le massif encore vierge.
« Ici le capitalisme mondial a détruit 460 emplois… » Parce qu'il n'y a pas que chez Thomé-Génot que la crise a fait des dégâts.
« Effet de surprise »
Gilles et ses amis n'ont pas le temps de regagner le parking qu'une patrouille de gendarmerie s'arrête. Dialogue bon enfant. L'un des militaires prend quelques notes et relève quelques

identités.
« Rassurez-vous, y'aura pas de procédure. »
En zone rurale ou semi-urbaine, ce sont les gendarmes qui suppléent les ex-renseignements généraux. Les militants sourient.
Le style d'action pourrait ressembler à celui d'un commando. Mais ils agissent à visage découvert. « On voulait surtout jouer l'effet de surprise » explique un des lève-tôt.
Qui poursuit à l'adresse des gendarmes que la même opération va se décliner une bonne partie de la journée à Bogny, dans la Pointe, mais aussi dans le Sedanais et dans le département de la Meuse, où un même collectif s'est créé.
Simplement, selon les lieux, il y aura quelques variantes dans l'expression. « Le capitalisme mondial c'est une chose, mais il a des relais dans le département. Quelques patrons locaux et même la CCI méritent d'être dans le collimateur dans certains dossiers….» glisse Gilles.
Composé de militants de gauche (du PS au NPA), de syndicalistes, le « Collectif de résistance ouvrière » (un concept qui n'est pas sans rappeler les riches heures du trotskisme des années 70) voulait donc marquer le coup hier avant une conférence de presse ce mardi et une participation, samedi, à Paris, à une manifestation où doivent se rejoindre la marche de « l'Appel de l'ultimatum climatique » et une autre marche « contre le chômage, les précarités et les licenciements »**.
Une agitation qui reflète donc une réalité économique et sociale que chacun sait délicate mais qui, à l'approche des régionales, peut aussi s'interpréter comme un message en interne (à la gauche) et à l'adresse de certaines structures syndicales jugées parfois timorées. Reste à voir comment la population, elle, va percevoir cette signalétique d'un nouveau genre.

Source l'Union


Tag(s) : #INFOS SYNDICALES

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